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«J’avais l’impression de m’être fait empaler»

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Lorsqu’on a un kyste de l’ovaire qui se rompt, on peut avoir l’impression qu’on est en train de mourir. La douleur est telle que certaines personnes ne peuvent plus marcher ou perdent connaissance. Mais même si c’est très douloureux, c’est souvent sans danger, rassure une gynécologue.  

«J’avais l’impression de m’être fait empaler» 

Sara Michèle a eu deux ruptures du kyste de l’ovaire en deux mois.  

«Ça m’est arrivé les deux fois pendant que je dormais. Je me suis réveillée en sentant comme une épée qui me traversait le ventre. J’avais l’impression de m’être fait empaler», confie-t-elle.  

Lors de la première rupture du kyste, elle a dû ramper jusqu’à la salle de bains, où elle a vomi avant de tomber dans les pommes.  

«Je suis restée couchée sur le plancher de la salle de bains pendant des heures. À un moment, j’ai réussi à appeler le 811. On m’a dit de prendre du Tylenol et j’ai de nouveau perdu connaissance», raconte-t-elle. 

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La deuxième fois, Sara Michèle a réussi à se rendre à la chambre de ses parents avant de perdre connaissance. Après avoir passé 24 h en douleur, elle s’est rendue à une clinique d’urgence, où l’échographie pelvienne n’a rien détecté.  

«On ne m’a pas donné d’explications, donc j’ai fait mes recherches sur internet. J’ai vu des témoignages de gens qui ont eu un kyste de l’ovaire qui a explosé et ça ressemblait à ce que j’avais vécu.» 

Drazen – stock.adobe.com

Qu’est-ce qu’un kyste ovarien? 

Un kyste ovarien, c’est une masse qui pousse sur l’ovaire. Grosso modo, il en existe deux types: les fonctionnels et les non fonctionnels.  

  • Les kystes fonctionnels se forment de manière normale sur le follicule (la partie de l’ovaire qui libère les ovules). Ils peuvent quand même saigner, mais vont disparaître avec le temps. 
  • Les kystes non fonctionnels, quant à eux, sont des amas anormaux de cellules créés par des mutations. Bref, ce sont des tumeurs. Ils sont bénins dans la majorité des cas, mais certains peuvent être cancéreux. 

Qu’est-ce qui provoque une rupture du kyste? 

La rupture d’un kyste peut être causée par l’ovulation elle-même, dans le cas des kystes fonctionnels, mais aussi par un traumatisme ou une pression, comme un choc ou une relation sexuelle.  

La douleur est causée en majorité par le sang qui s’échappe du kyste, qui est très irritant pour le ventre. Dans certains cas, le kyste peut causer de la douleur avant la rupture, lorsqu’il est gorgé de sang et exerce une pression sur les organes autour.  

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La plupart du temps, ce n’est pas dangereux, assure Sarah Maheux-Lacroix, gynécologue et professeure à l’Université Laval.  

«La plupart du temps, il faut juste contrôler la douleur et faire une échographie pour s’assurer que la masse est partie. Il y a des risques d’hémorragie ou de péritonite, une réaction inflammatoire sévère, mais c’est plutôt rare.» 

Lorsque ça arrive, elle suggère de prendre des analgésiques. «Si la douleur persiste, on continue de faire de la fièvre ou on n’arrive plus à fonctionner, il faut aller à l’urgence», ajoute-t-elle.  

Et comment faire pour les prévenir?  

«Lorsqu’on voit que quelqu’un a tendance à faire des kystes, on prescrit souvent la contraception hormonale, comme la pilule. Lorsque l’ovulation arrête, il y a beaucoup moins de risque d’avoir des kystes ovariens fonctionnels», précise la gynécologue.  

C’est commun, mais peu connu 

Selon les études, entre 8% et 18% des femmes auraient des kystes ovariens. Bien qu’il s’agisse d’un des motifs de consultation gynécologique le plus répandus, les ruptures du kyste ovarien sont souvent méconnues.   

«Je ne savais pas ce qui m’arrivait. Je pensais d’abord que c’était à cause de mon stérilet. J’ai appris que c’était commun après, mais jamais personne n’avait vécu ça dans mon entourage», confie Juliette, qui a vécu deux ruptures du kyste de l’ovaire, dont une il y a à peine deux semaines. 

Lors de la première, elle s’est rendue à l’hôpital, où elle a été prise en charge. La deuxième fois, elle est toutefois restée à la maison.  

«Je faisais de la fièvre et j’étais couverte de sueur. Mon copain a dû me porter jusque dans le bain parce que je n’arrivais pas à marcher», relate-t-elle.  

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Même si des professionnels de la santé lui ont dit que c’était commun, Juliette aurait aimé savoir pourquoi ça lui arrive à elle. Il peut y avoir des prédispositions génétiques à la formation de kystes ovariens, mais il existe bien d’autres facteurs qui les influencent, explique la Dre Maheux-Lacroix.  

Ruptures liées à l’endométriose 

Julia a appris seulement des années plus tard que sa rupture du kyste de l’ovaire était le fait de l’endométriose.  

C’est quoi, l’endométriose? C’est lorsqu’«un tissu semblable à l’endomètre se met à envahir d’autres parties du corps que l’utérus, où il est censé être», explique la Dre Sarah Maheux-Lacroix. Cette maladie peut provoquer la formation d’endométriomes, des kystes remplis de vieux sang.  

«J’avais de grosses crampes, mais le pire, c’était le sang. Je n’arrêtais pas de saigner, avec de gros caillots aussi. À l’hôpital, on a vérifié si je faisais une fausse couche. Je paniquais et je ne comprenais pas, parce que je prenais la pilule», confie Julia.  

Après une expérience très désagréable à l’hôpital, on lui a prescrit des anticoagulants auxquels elle a fait une réaction allergique. C’est une gynécologue, bien plus tard, qui lui a donné le diagnostic probablement à la source de cet incident: l’endométriose, une maladie encore peu étudiée et difficile à faire diagnostiquer.

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